mardi 15 juillet 2014

Jaime Jorissao. 12.


Ainsi, en nos vieux jours, nous revenait l'enfance :
Comme on tombe en tendresse, nous tombions amoureux.

Les rires étaient aigus comme nos souvenirs
Désillusions du temps nous échangions nos rêves.

Ces anciennes histoires que nous aimions redire,
Dire et redire encor, comme pour oublier ;

Enfin tourner les pages, contempler les tombeaux
Du livre jamais écrit que pourtant nous lisions.

Des étoiles complices s'allumaient dans nos yeux
Et nous reconnaissions le plaisir du partage.


Jaime Jorissao
Traduit du portugais par Lirina Bloom

vendredi 20 juin 2014

Jaime Jorissao. 11 .


Dans la tristesse vient une brise légère
Bien plus fraiche que le sirocco des amours.

Dans l'amour reviendra le regret des chimères 
Diaphanes et bleues, oubliées sur les routes,

Nos routes se croisaient, mais ce n'était qu'en vain,
En dehors de la tienne, ma vie sera passée.

Le passé pénétrait dans les filets du temps 
Et ton cœur emmuré ne se laissait pas prendre, 

Les doux mots murmurés tombaient comme un soupir 
Car sans cesse les morts disaient  leur dernier souffle.


Jaime Jorissao
Traduit du portugais par Lirina Bloom

dimanche 2 février 2014

Jaime Jorissao. 10 .


Posé devant tes yeux comme un navire de pierre,
L'énorme bâtiment s'orne de ses lumières.

Tu le vois le matin et tu le vois le soir,
Tu médites et comprends que, paquebot du temps, 

D'apparence immortel, il t'aide encore à vivre,
A oublier la mort dans l'illusion des rêves. 

Tu t'accroches à ses murs, tu t'emprisonnes en eux, 
Tu te sens bien ainsi et parle aux disparus. 

Et, comme toi passant pour un temps sur la terre, 
Sans cesse sa présence en étire les heures.

Jaime Jorissao
Traduit du portugais par Lirina Bloom

mardi 28 janvier 2014

Jaime Jorissao. 9 .


Fini l'enchantement, les vapeurs des amours,
Revient comme un vautour la peur des lendemains.


Rien ne vaut le malheur pour maintenir enfin
Les arêtes acérées des solitudes nettes.


Fuir toujours fuir. Là-bas, le sol mouvant des sables
Avale un dire acerbe qui ne se contient plus.


Diablerie d'être un corps privé de cabrioles,
Dresser un chef porteur d'un noble diadème


Garder ses lèvres closes et déplissant le vrai
S'entourer d'océans comme une île engloutie. 


Jaime Jorissao
Traduit du portugais par Lirina Bloom

vendredi 17 janvier 2014

Jaime Jorissao . 8 .


Les blancs entre les mots disent plus que les mots 
Les silences du chant chantent plus que le chant

La couleur se soustrait aux vides de la toile
L'espace se soutient des volumes en creux

Ton absence paraît le centre de mon être 
Tourne toujours autour le bonheur de mourir 

L'oubli des lendemains sans moi sans toi sans rien 
Font ce rire en plein cœur des plus folles tristesses

Entre les pas posés l'un puis l'autre qui suit
L'instant inexistant au suspens de la marche.


Jaime Jorissao
Traduit du portugais par Lirina Bloom
Licence creative commons

samedi 11 janvier 2014

Jaime Jorissao. 7 .


J'ai rêvé de dormir dans l'orbe de tes bras
Et de laisser couler serpentine colonne

Les désirs endigués, les rires contenus.
J'ai rêvé de tes yeux d'où surgirait  ta voix

Le silence des forêts, les bords bleus des étangs.
J'ai rêvé dans l'espoir de revoir les torrents

Tes larmes et tes rires, les roches de l’Atlas
Roulant dans les vallées aux clairières enneigées.

J'ai rêvé d'un matin où j'aurais murmuré
Secrètement l’espoir que tu le veuilles aussi.



Jaime Jorissao
Traduit du portugais par Lirina Bloom

Licence creative commons

lundi 6 janvier 2014

Jaime Jorissao. 6 .


Tu bâtis un pays dans la blancheur des toiles
Soleils d'orange amer à la douceur de miel

Maisons dégringolant et terrasses et fenêtres
Escaliers vers le ciel ouverts sur les jets d'eau

Signes sur les maisons dans les chemins qui montent 
Et chevaux et gazelles se cachant dans les rues 

Quand la mer furieuse nous avait séparés
Quand des hommes criaient liberté liberté

Tu étais cet enfant au regard habité 
Tenant entre ses mains un futur de merveilles. 


Jaime Jorissao
Traduit du portugais par Lirina Bloom.


Licence Creative Commons.

mardi 10 décembre 2013

Jaime Jorissao . 5 .


Et s’en ira le temps dans la course des rêves,
Le goût des souvenirs au miroir de la mer,

La tendresse des mots, les gestes de la main,
La tiédeur d'un regard perdu au lendemain. 

L'espoir embrasera l'eau bleue des iridées, 
Les riches mélodies du temps des désirs fous.

Encor le corps encore réveillera l'automne, 
Les parfums des regrets et les fleurs oubliées.

Le soir est cette heure noire, le chant ce long retour, 
J'entendrai dans ta voix toujours d'autres lumières.


Jaime Jorissao ©




jeudi 5 décembre 2013

Jaime Jorissao . 4 .



Tu es parti là bas, une autre langue au cœur 
Qui dit les mots d'amour avec des sons de gorge.

L'infini et le vide ont-ils la même teinte,
La même hésitation, bleu, gris, vert ou violet ?

L'océan des rivages extasiés de la houle
Et le ciel par dessus entiché des oiseaux

S'unissaient sans limite ni de temps ni de lieu.
Une ligne en tremblant devinait l'horizon.

À l'aube de nos désirs cette pâleur d'étoile 
Hantait nos souvenirs des fracas de nos morts.



Jaime Jorissao ©

vendredi 22 novembre 2013

Jaime Jorissao . 3 .



Tes bras arrêteront le cours des rêves bleus
Des rires habiteront dans ta voix de velours

Les fleuves se jetteront dans le noir de tes yeux
Tu auras dans le cœur mille et puis un naufrage

Et je verrai le chant et je verrai les danses
Des pays inconnus au bord de tes cheveux

Sur mes lèvres rougies je sentirai le souffle
De cet heureux passé qui ne veut revenir

Les pleurs enfermeront les silences maudits
Des amours oubliés et des haines aussi.


Jaime Jorissao ©